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Tenir son vol assez haut pour que l'aile y ait un but

Ajouté le 20/4/2012

TENIR SON VOL ASSEZ HAUT POUR QUE L'AILE Y AIT UN BUT (Eluard)

Le fondateur de la Ve République pensait que l'élection du Chef de l'Etat au suffrage universel conférerait à celui-ci une autorité plus grande que si sa désignation dépendait des combinaisons des partis représentés au Parlement. Or au fil des scrutins et des mandats présidentiels on a vu cette autorité morale s'éroder peu à peu, alors que, paradoxalement, les Chefs d'Etat successifs accaparaient toujours plus de pouvoirs au détriment du gouvernement et du Parlement.
Mais à vouloir tout régenter, voire tout faire, le Président a dispersé son attention sur une multitudes de questions subalternes et a perdu peu à peu de vue son rôle premier qui est de fixer un cap à la nation et à son gouvernement. Imagine-t-on un capitaine de navire à voile doublant le cap Horn, grimpant dans la mâture à chaque saute de vent et laissant la barre à un mousse ?
C'est pourtant ce à quoi on a assisté au cours de la dernière décennie. Mais omniprésence n'est pas omnipotence. Le navire France est allé à vau-l'eau et l'on impute maintenant au capitaine, à juste titre d'ailleurs, tous les ratés d'un parcours louvoyant et cahotique. Même l'intervention en Lybie, qui a d'abord rallié la majorité des suffrages, a eu des conséquences catastrophiques, parce que tout au désir de faire oublié les erreurs tunisiennes on a voulu faire un "coup", sans anticiper la destabilisation prévisible du Sahel, et peut-être de toute l'Afrique de l'Ouest. Ainsi le président s'est-il discrédité au fil des mois, comme l'avait fait son prédécesseur.
On aurait pu espérer que la leçon porterait et que les candidats à la présidentielle 2012 prendraient un peu d'altitude afin de mesurer l'ampleur des tempêtes à venir. Il n'en a rien été. On a assisté de toutes parts, exception faite, peut-être, de François Bayrou, à une accumulation de promesses ponctuelles, de mesurettes à court terme, et parfois contradictoires, où jamais l'essentiel n'a été distingué de l'accessoire. Déjà les cent une propositions de François Mitterand avaient pu être comparées par ses détracteurs, à un inventaire à la Prévert, mais en 2012 la machine s'est emballée.
"De minimis non curat praetor" (le préteur ne s'occupe pas de broutilles), disaient déjà les Romains. Dommage que nos batteurs d'estrade aient perdu le peu du latin qu'ils avaient acquis au collège ! Pour l'heure, l'électeur voit mal vers quel horizon on veut l'entraîner.... Et quand le grand homme sera désigné, que restera-t-il à faire aux ministres qu'il aura désignés, et d'abord au premier d'entre eux ? A mettre un peu d'ordre dans un fatras de promesses contradictoires, à hiérarchiser les priorités qui s'imposeront au pays (et qui ne seront pas forcément celles des électeurs) en espérant que l'Assemblée élue dans le sillage de la Présidentielle se rallie à cette vision des choses.
Mais, de grâce, nouveau Président, reprenez vite de la hauteur !

Boomerang

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INDIFFERENCE

Ajouté le 10/2/2012

Comment peut-on rester indifférent devant certains spectacles, certains événements, certaines situations? 

                         Une femme s'écroule dans les couloirs du métro, deux ou trois personnes s'empressent auprès d'elle, le relève, la tirent et l'abritent dans un angle, puis lui parlent et appellent les secours. C'est humain, c'est la réaction spontanée de la plupart d'entre nous. Mais pendant le même temps des centaines d'autres voyageurs vont passer, pressés, aveugles, sans se soucier de cette silhouette cassée en deux que l'on soutient tant bien que mal. Le malheur d'autrui ne les concerne pas. Ou bien ils préfèrent penser qu'ils ne peuvent rien faire. Pourtant, si c'était eux qui, affamés, fatigués, malades, étaient pris d'un malaise, ne souhaiteraient-ils pas qu'une main secourable se tende vers eux ? Mais peut-être n'imaginent-ils pas qu'ils pourraient un jour, eux aussi, avoir besoin d'aide.                                                                      

L'indifférence relève-t-elle d'une absence d'imagination, de l'incapacité à se mettre, ne fût-ce que quelques instants, à la place de l'autre ? Ou bien ne trahit-elle pas, une absence de sensibilité et un égoïsme forcené qui fait refuser de voir tout ce qui ne concourt pas à son propre bonheur ? Tient-elle à l'âge des individus. Les jeunes gens sont réputés plus sensibles, plus faciles à émouvoir, à enflammer, en un mot plus généreux que les gens plus mûrs. Mais chaque jour des exemples viennent nous démontrer le contraire. Les pauvres, parce qu'ils ont eux-mêmes souffert, sont-ils plus accessibles à la misère morale, physique ou matérielle que les riches qui n'ont jamais connu l'indigence et le dénuement ? On serait tenté de le croire, car le spectacle direct, immédiat d'une détresse a plus d'effet sur notre sensibilité que les informations abstraites qui nous sont communiquées par les médias. L'indifférence est-elle une affaire de tempérament ou de circonstances ? Notre univers urbanisé où règne l'anonymat, contribue sans doute à la développer. On s'intéresse davantage à ceux que l'on connaît qu'à ceux dont on ignore tout.                                                                                         Au reste il est curieux d'observer le comportement des passants à légard des si nombreux mendiants qui peuplent nos rues glaciales. La plupart de ceux qui ne donnent rien, passent raides et pressés, détournent la tête, comme s'ils craignaient de croiser le regard de celui qui tend la main vers eux. Comme s'ils redoutaient de se laisser attendrir en voyant les yeux inquiets ou implorants de l'autre, cet autre qui ne serait plus dès lors tout à fait un étranger. Il y a certes aussi des donneurs honteux, qui se baissent furtivement pour déposer leur obole et s'écartent aussitôt, comme s'ils craignaient que cette aumône occasionnelle les engage à faire davantage. Mais le plus souvent, celui qui donne ajoute spontanément un sourire, voire quelques mots de sympathie, ou même engage la conversation. Par là, il donne un peu de lui-même et pas seulement une pièce sans âme. Car les mots échangés, les sourires amicaux rendent au quémandeur un peu de cette dignité que le sort lui a momentanément déniée.

Prospero37

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NAUFRAGE PREVISIBLE

Ajouté le 18/1/2012

     REFLEXIONS SUR UNE CATASTROPHE PREVISIBLE

 

     Le récent naufrage du Concordia sur la côte toscane frappera longtemps les esprits. Qui eût pu imaginer que cet immense palace flottant , conçu pour le confort et le plaisir des croisiéristes et doté de tous les perfectionnements techniques disponibles pour assurer leur sécurité pouvait sombrer en une heure par mer calme ? Pourtant ce fut le cas et cette catastrophe nous rappelle à quel point les constructions humaines restent fragiles.

    Pourtant dans cette circonstance ce n’est pas la technique qui a failli, mais un homme, le capitaine. Un homme rendu trop sûr de lui par l’habitude de ces croisières toujours semblables et qui a voulu fanfaronner devant son équipage et ses passagers, oubliant que le premier devoir du « seul maître à bord après Dieu » était d’assurer la sécurité des hommes et femmes confiés à son autorité. Sotte vanité qui lui a fait sous-estimer le risque toujours présent lorsqu’un tel mastodonte s’approche, de nuit, si près des terres. A cette distance, les informations données par les instruments ne peuvent plus être utilement prises en compte tant est grande l’inertie du bâtiment. Il faut donc garder une marge de….manoeuvre, au sens propre du terme.

   Mais outre l’imprudence d’un homme, ce naufrage comporte également une autre leçon, non plus pratique mais morale. Une fois la coque éventrée et les machines noyées, le capitaine ne semble pas avoir pris la mesure de la situation et a tergiversé au point que c’est l’équipage qui a pris l’initiative de faire évacuer le navire, tandis que le pacha sautait lui-même dans un canot de sauvetage… Or ce qui caractérise un vrai chef c’est l’esprit de décision, le sang-froid et le courage dans l’action, autant de qualités qui ont fait défaut à cet homme au moment critique.

     Pourtant j’hésite à accabler ce marin investi d’un pouvoir trop grand pour lui. L’histoire maritime compte plus d’un capitaine dépassé par des événements contraires et perdant ses moyens face au danger. Songeons au naufrage de la Méduse, il y a presque deux siècles… Car ce n’est que face à des circonstances dramatiques qu’un homme révèle sa vraie nature. Nul ne se connaît vraiment tant qu’il n’a pas subi l’épreuve du feu. Or dans un monde où la technique permet d’écarter un très grand nombre de risques, les occasions de mesurer la clairvoyance, l’esprit de décision et le courage d’un individu sont devenues de plus en plus rares. Et quand le danger survient, peu de gens sont préparés à l’affronter. Après le crash du Rio-Paris, le naufrage du Concordia le prouve une fois de plus.

 Paix aux victimes de ces catastrophes. Quant au capitaine, gageons qu’il regrettera parfois de ,’avoir pas péri.

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